Franchi Conestaggio annoté par Montaigne

Dell’unione del regno di Portogallo alla Corona di Castiglia, Gênes, G. Bartoli, 1585
Localisation : Bibliothèque municipale de Bordeaux, PF 6648 Rés. coffre

Introduction (A. Legros, 05/03/2014)
Notice (A. Legros, 2014)
Fac-similé
Édition (A. Legros, 2014)

Introduction

Une seule note marginale, « duca d’Alua », au verso du feuillet 243, mais elle est de la main de Montaigne. Selon toute vraisemblance, c’est aussi lui qui, avec la même plume et la même encre a tracé des traits obliques dans les marges, presque toujours doubles (//  \\), comme sur le Quinte-Curce, pour signaler des passages qui ont attiré son attention : 30 en tout, dont 23 dans les trois premiers livres et 7 dans le neuvième (l’ouvrage en comporte dix).

Le retiennent surtout les récits de mort : au début, celles, quasi simultanées, de Moleï Moluch, de Moleï Mahamet et de Sébastien, roi du Portugal ; à la fin, celles du maréchal Strozzi, du comte de Vimioso et du duc d’Albe dont Montaigne reproduit dans la marge le nom en italien (merci à Toshinori Uetani d’avoir attiré mon attention sur cet autographe qui m’avait jusqu’ici échappé). Il remarque aussi des lieux où il est question de Louis XII, d’Henri II, d’Isabelle de Valois (transcrit « Valoes » en italien), de Catherine de Médicis (croix autographe dans la marge), du duc de Guise et de mercenaires français.

L’auteur des Essais a puisé manifestement dans Franchi Conestaggio la matière d’une longue addition marginale au chapitre « De la faineantise » (II, 21, éd. de 1595), que Marie de Gournay avait d’abord écrite de sa main dès l’été 1588, sous la dictée ou le contrôle de l’auteur, dans la marge du feuillet 290 v° de l’Exemplaire de Bordeaux (image 0298v dans les fac-similés numériques procurés par l’Université de Chicago). Montaigne y reprend à son compte et par le menu le récit de la mort édifiante du roi de Fez, qu’il clôt d’un éloge appuyé : « Moley Moluch, Roy de Fais, qui vient de gaigner contre Sebastian Roy de Portugal, cette journée [7 août 1578], fameuse par la mort de trois Roys, et par la transmission de cette grande couronne, à celle de Castille : se trouva grievement malade dés lors que les Portugalois entrerent à main armée en son estat ; et alla tousjours depuis en empirant vers la mort, et la prevoyant. Jamais homme ne se servit de soy plus vigoureusement, et bravement. Il se trouva foible, pour soustenir la pompe ceremonieuse de l’entrée de son camp, qui est selon leur mode, pleine de magnificence, et chargée de tout plein d’action : et resigna cet honneur à son frere : Mais ce fut aussi le seul office de Capitaine qu’il resigna : touts les autres necessaires et utiles, il les feit tres-glorieusement et exactement. Tenant son corps couché : mais son entendement, et son courage, debout et ferme, jusques au dernier souspir : et aucunement audelà. Il pouvoit miner ses ennemis, indiscretement advancez en ses terres : et luy poisa merveilleusement, qu’à faute d’un peu de vie, et pour n’avoir qui substituer à la conduitte de cette guerre, et affaires d’un estat troublé, il eust à chercher la victoire sanglante et hazardeuse, en ayant une autre pure et nette entre ses mains. Toutesfois il mesnagea miraculeusement la durée de sa maladie, à faire consumer son ennemy, et l’attirer loing de son armée de mer, et des places maritimes qu’il avoit en la coste d’Affrique : jusques au dernier jour de sa vie, lequel par dessein, il employa et reserva à cette grande journée. Il dressa sa battaille en rond, assiegeant de toutes pars l’ost des Portugais ; lequel rond venant à se courber et serrer, les empescha non seulement au conflict (qui fut tres aspre par la valeur de ce jeune Roy assaillant) veu qu’ils avoient à montrer visage à tous sens : mais aussi les empescha à la fuitte apres leur routte. Et trouvants toutes les issues saisies, et closes ; furent contraints de se rejetter à eux mesmes : coacervanturque non solum cæde, sed etiam fuga, et s’amonceller les uns sur les autres, fournissants aux vaincueurs une tres-meurtriere victoire, et tres-entiere. Mourant, il se feit porter et tracasser où le besoing l’appelloit : et coulant le long des files, enhortoit ses Capitaines et soldats, les uns apres les autres. Mais un coing de sa battaille se laissant enfoncer, on ne le peut tenir, qu’il ne montast à cheval l’espée au poing. Il s’efforçoit pour s’aller mesler, ses gents l’arrestants, qui par la bride, qui par sa robbe, et par ses estriers. Cest effort acheva d’accabler ce peu de vie, qui luy restoit : On le recoucha. Luy se resuscitant comme en sursaut de cette pasmoison, toute autre faculté luy deffaillant ; pour advertir qu’on teust sa mort (qui estoit le plus necessaire commandement, qu’il eust lors à faire, affin de n’engendrer quelque desespoir aux siens, par cette nouvelle) expira, tenant le doigt contre sa bouche close : signe ordinaire de faire silence. Qui vescut oncques si long temps, et si avant en la mort ? qui mourut oncques si debout ? »

Quant au duc d’Albe, mort en 1582, il est, avec François de Guise, le maréchal Strozzi, Anne de Montmorency et François de La Noue, l’un des capitaines de guerre que Montaigne tient pour les plus remarquables de son temps (Essais, II, 17).

La traduction en français du livre de Franchi Conestaggio par Thomas Nardin (Besançon, N. de Moingesse, 1596) peut d’ores et déjà être consultée sur le site des BVH, et téléchargée.

Fac-similé

Édition

  1. Note et sentences soulignées
  2. Traduction

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