Giraldi annoté par Montaigne

De deis gentium varia et multiplex Historia, Bâle, J. Oporin, 1548
Localisation : Bibliothèque nationale de France : Rés Z Payen 490

Introduction (A. Legros, 10/07/2013)
Notice (A. Legros, 2013)
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Édition (A. Legros, 2013)

Introduction

« J’entends avec une grande honte de notre siècle qu’à notre vue deux très excellents personnages en savoir sont morts en état de n’avoir pas leur saoul à manger : Lilius Gregorius Giraldus en Italie, et Sebastianus Castalio en Allemagne. Et crois qu’il y a mille hommes qui les eussent appelés avec très avantageuses conditions ou secourus où ils étaient, s’ils l’eussent su ».

Parmi les ouvrages d’érudition du premier figurait en bonne place son Historia ou « enquête » sur les surnoms des dieux antiques. Un ouvrage de consultation plutôt que de lecture, en latin, avec un peu de grec et d’hébreu. Montaigne l’a pratiqué et ce qu’il dit ci-dessus dans les Essais montre que ce fut avec profit, même s’il n’y a laissé que dix notes, les toutes premières étant consacrées à des questions d’ontologie, comme l’y invitait le texte de Giraldi : Dieu est-il un ? se confond-il avec le monde ? peut-on seulement le nommer ? La première avait déjà sa réponse chez Melanchthon, auteur hétérodoxe, mais recommandé au collège de Guyenne.

Loin de ces trois premières pages théologico-philosophiques, les autres notes se contentent de relever des points d’érudition, sur les autres noms d’Apollon, de Zeus, d’Artémis, ou des moins illustres Théa/Théia, Sancus/Sangus, Léa la mère, Vénus la chauve… Avec quelques citations bien choisies : Callimaque en grec, Tite-Live, et Julius Capitolinus, l’un des continuateurs de Suétone. Sans oublier Caelius Rhodiginus, cet autre savant italien, trois fois allégué, qui est aussi cité dans les notes latines du Beuther (vers 1551) et dont Montaigne voyageur, passant à Rovigo, parlera en ces termes dans son Journal de voyage : « C’est là la ville de la naissance du bon Celius, qui s’en surnomma Rodoginus ». Il y avait dans ses copieuses Leçons antiques matière à s’instruire, mais aussi à penser. Dix courtes notes, donc, mais précieuses, puisqu’elles nous révèlent quelques lectures importantes de Montaigne encore jeune.

La note du Dr Payen jointe  à l’exemplaire signé de Montaigne (De deis gentium varia et multiplex Historia, Bâle,  J. Oporin, 1548. Bibliothèque nationale de France : Rés Z Payen 490) argue de la présence du grec pour affirmer que ces notes ne sont pas de lui, et cette tradition, reprise depuis par Bonnefon et bien d’autres critiques sans autre examen, est tenace. La présence du grec dans les marges de l’Exemplaire de Bordeaux aurait dû sans doute rendre plus circonspect devant les aveux de l’auteur des Essais quant à sa « nullité » en grec. Les notes autographes du Lucrèce et du Térence doivent aujourd’hui nous amener à relativiser ce jugement. La main grecque de Montaigne est habile, celle de La Boétie ne l’est pas moins mais elle est toute différente (Appien, Sophocle, Strabon). Et ni l’une ni l’autre n’ont été à l’œuvre dans les marges de l’Odyssée qui appartint jadis à Mirabeau…

On pourra lire, pour plus d’informations, A. Legros, « La main grecque de Montaigne »,  Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, tome 61, 1999 (2), p. 461-478 ;  id., « Le Giraldus de Montaigne et autres livres annotés de sa main », Journal de la Renaissance, vol. I, 2000, p. 13-88 ; id., Montaigne manuscrit, Paris, Editions Classiques Garnier, 2010, p. 209-214.

Fac-similé

Édition par Alain Legros

  1. Version diplomatique
  2. Version régularisée
  3. Traduction

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