« Signé Montaigne : cachets, sceaux et jetons », par Marie-Luce Demonet. Colloque « Systèmes graphiques et communication : modélisation et annotation à l’ère numérique », Journées annuelles du Cluster 4 de Biblissima+. 9-11 sept. 2026, Paris

Dans le projet ANR MONLOE (« Montaigne à l’oeuvre », 2011-2015) ont été laissés de côté des signes et artefacts inclassables dans un ensemble principalement consacré aux œuvres, aux textes et aux documents relatifs à l’auteur, avec une extension (limitée) à deux autres personnalités, Étienne de La Boétie et Marie de Gournay. Après avoir étudié les inscriptions peintes sur les poutres de la « librairie » de Montaigne (2001), Alain Legros, dans Montaigne manuscrit (2010) et dans plusieurs contributions notables en ligne et en revue, a étudié les signatures manuscrites de Montaigne, les signes de correction et surtout d’insertion des additions autographes sur l’Exemplaire de Bordeaux, et il a édité l’intégralité des lettres.

Celles-ci laissent voir, plus ou moins mutilés selon l’état de conservation, des restes de cachets de cire sur cinq d’entre elles, et de sceaux de papier sur neuf autres, ce qui n’apparaît pas dans le balisage actuel, alors que le module « Correspondance » de la TEI le permet. Cinq cachets sur sept portent l’empreinte de la « devise » de Montaigne, une balance, emblème de la « suspension du jugement », tandis que les sceaux de papier représentent, simplifiées et en partie effacées, les armes telles qu’il les décrit dans les Essais. Enfin, l’avers de l’unique jeton conservé représente distinctement ces mêmes armes, et sur le revers figurent la balance et la devise grecque de Sextus Empiricus, Epechô, « je suspens ». Ces objets sont liés dans un « système graphique » certes non systématique chez Montaigne, mais néanmoins significatif d’une volonté d’assumer ses écrits, son identité sociale et singulière. Ils relèvent de plusieurs ontologies et de divers types de support (papier d’impression, papier à lettre – ce ne sont pas les mêmes –, métaux et cire), à intégrer aux fichiers XML-TEI.

Introduction au Colloque final du Cluster 4 de Biblissima+

Consacrée à la communication graphique sous toutes ses formes, cette rencontre s’articule autour de trois thèmes : modélisation, interopérabilité et outils numériques. À travers des études de cas issues de la paléographie, de l’épigraphie, de la sigillographie, de l’héraldique et de la numismatique, les participants examineront les moyens de représenter, relier et exploiter les données relatives aux systèmes graphiques et aux objets porteurs de signes, en vue de développer des ressources plus ouvertes, interopérables et conformes aux principes FAIR.

L’une des motivations centrales de Biblissima+ est la nécessité de disposer d’infrastructures permettant l’interopérabilité des données entre les disciplines. Cependant, les données sur les systèmes graphiques s’appuient actuellement sur des terminologies, des pratiques descriptives et des traditions analytiques hétérogènes. Pour permettre le partage, l’interopérabilité, la comparaison et la réutilisation des données, il est urgent d’harmoniser les concepts, les méthodes et les vocabulaires, et de définir des ontologies pour l’écriture et d’autres systèmes graphiques. Ces ontologies devraient pouvoir s’intégrer dans des environnements d’annotation et d’analyse structurés, permettant ainsi aux chercheurs de bénéficier de modèles communs tout en les adaptant à leurs besoins scientifiques spécifiques. De plus, les systèmes de communication graphique sont indissociables de leurs supports matériels – manuscrits, inscriptions, objets imprimés, pièces de monnaie, sceaux, sources musicales ou œuvres d’art – et tout modèle numérique adéquat doit tenir compte de cette relation, ce qui soulève à son tour la nécessité d’approches, de modèles et d’outils intégrant les signes graphiques, les supports physiques et les métadonnées contextuelles au sein de cadres analytiques unifiés. Bien que des progrès significatifs sur ce sujet aient été réalisés au cours des cinq années du Cluster 4, des questions importantes subsistent concernant la modélisation numérique, la représentation et l’annotation de la communication graphique, y compris l’absence quasi totale de données véritablement FAIR dans ce domaine. Cela inclut non seulement les disciplines appliquées à l’écriture au sens strict, telles que la paléographie, l’épigraphie et la papyrologie, mais aussi d’autres disciplines consacrées à l’étude des systèmes de signes visuels structurés, notamment l’héraldique, la sigillographie, la numismatique, l’histoire de l’art et la musicologie.

Lieu : Open Space, Humathèque, Campus Condorcet

Inscription gratuite mais obligatoire sur le site du Colloque : https://biblis4-2026.sciencesconf.org/registration

Programme

Voir le programme détaillé (PDF)

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