La Théologie naturelle de Raymond Sebon (éd. de 1581)

Michel de Montaigne, La Theologie naturelle de Raymond Sebon, traduite nouvellement en François…, Paris, Guillaume Chaudiere, 1581.

Introduction (M-L Demonet, 25/09/2015)
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Introduction

Montaigne publie en 1569 la traduction d’un traité de théologie scolastique, la Theologia naturalis (ou Liber creaturarum, « Le Livre des créatures ») de Raymond Sebond, théologien catalan, professeur à Toulouse et mort en 1436, l’année même où son manuscrit est achevé. Il dit dans son « Apologie de Raymond Sebond » (Essais de 1580, II, 12, chapitre le plus long de l’œuvre) : «  Il fait bon traduire les auteurs comme celui-là, où il n’y a guère que la matière à représenter », et déclare que sa langue est un « espagnol baragouiné en terminaisons latines ». Ce chapitre, fondamental pour apprécier les idées philosophiques de Montaigne, est inspiré par un ouvrage que Montaigne avait traduit à la demande de son père.

Le succès de la Theologia naturalis tenait d’abord à sa diffusion rapide par l’imprimerie dès les années 1480 et à l’adaptation dialoguée par Pierre Dorland (1499), la Viola animae (la « Violette [petite viole] de l’âme »), version plus orthodoxe elle-même traduite en français par Jean Martin (1551, 1565). Toutefois la première traduction en français, intégrale et scrupuleuse, avait été publiée par un anonyme en 1519 (Lyon, Claude Daulphin). Montaigne réalise la sienne après la mort de son père et dit dans la préface qu’il y a pris un « singulier plaisir ».

Cet ouvrage et sa traduction par Montaigne bénéficient de plusieurs rééditions jusqu’au milieu du XVIIe siècle, donnant à l’expression « théologie naturelle » un statut de sous-genre de la métaphysique d’inspiration éclectique (saint Thomas, saint Augustin, saint Anselme, saint Bonaventure, Damascène, Raymond Lulle…). On ignore encore quel texte Montaigne a suivi : peut-être l’édition assez « rationaliste » de Richard Paffroed (ca. 1485), ou un manuscrit inconnu, autre que celui de Toulouse authentifié par notaire à la mort de l’auteur. Dans sa préface à la traduction, Montaigne juge que le style en est « farouche » et « barbaresque », et, tout en se disant soucieux d’amélioration stylistique et de fidélité à l’original, il semble néanmoins lire Sebond en atténuant son anthropocentrisme, à partir duquel le théologien avait élaboré un système de lecture du « livre de la nature » antérieure à celle des Écritures, ce qui n’a pas manqué de susciter des réserves et une mise à l’index du prologue (1564). Il insiste parfois tellement sur les échelles des êtres qu’on penserait à une traduction ironique, telle que le lecteur moderne pourrait la juger à la lumière des Essais. L’usage des modalisateurs, comme lorsque « ergo concluditur » est remplacé par « il est vraisemblable que », ou l’introduction de formules ambiguës comme « il faut croire que », marquent la distance de Montaigne à l’égard de ce texte-source, faisant descendre au niveau du probable ce que Sebond présentait comme infaillible. Montaigne livre à l’imagination ce que Sebond attribuait à l’intellect et donne à la traduction un tour plus personnel par l’usage du « je » au lieu de « nous ». Ces inflexions n’excluent pas, au contraire, une rhétorique de la dévotion plus sensible dans la version française (Habert 2010).

La première édition paraît en 1569 chez Guillaume Chaudière et présente d’assez nombreuses fautes d’impression. C’est la raison pour laquelle nous donnerons ici la deuxième (1581), sans doute revue attentivement par Montaigne. Le fac-similé est celui de l’exemplaire personnel de Jean Céard, qu’il a lui-même transcrit et dont il a obligeamment transmis le fichier pour cette édition numérique. Les variantes significatives indiquées dans l’apparat critique ont été relevées par lui et par Mireille Habert.

Marie-Luce Demonet, septembre 2015

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Vers l’édition en ligne de l’exemplaire de 1581.

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